Blog : La Théorie des ensembles 

Ces dernières semaines ont été marquées par des inondations un peu partout en France, … et à moins d’un kilomètre de chez moi. Et comme d’habitude, on a les victimes d’un coté dans un grand ensemble, et les autres. Je ferais presque figure de privilégié dans ma petite zone (presque) non-inondable, mais au moins, je peux observer cette curieuse théorie des ensembles.

Je me souviens que quand j’ai acheté la maison, j’ai eu droit à un joli plan qui me montrait que je n’étais pas dans une zone inondable et qui était dans le dossier du notaire. Etant dans une ville en bord de Seine, ça fait partie des pièces à fournir. J’ai vu d’autres maisons en bord de lac (un lac artificiel de retenue) et qui étaient très sympas. J’ai aussi vu d’autres études montrant qu’en cas de crue pire que celle de 1910, j’y passais quand même. J’ai souvenir des récits du grand-père qui tenait ça de sa mère, à Asnières… et puis des images m’ont marquée dans ma ville d’origine ou dans des quartiers que je connais bien à Paris.

Mais près de chez moi, il y a aussi des célébrités, dont une a une magnifique demeure avec parc arboré près de la seine. Au moment où je débute cet article, ce n’est pas seulement sa cave qui est inondée mais le rez-de-chaussée et toutes les routes qui y mènent. Il y a aussi un grand restaurant qui est sous les mêmes eaux (mais qui lui a une salle  surélevée), et un supermarché menacé aussi. Un peu plus loin, c’est une île « privatisée » où vivent des cadres-sups avec bateaux de plaisance qui est aussi bien entamée. Mais sur l’autre rive, ce sont des pavillons bien plus accessibles qui ont subi des dégâts. Tous sont plus ou moins assurés, tous sont victimes, mais tous n’ont pas les même moyens ou n’ont pas fait le choix d’habiter là pour les mêmes raisons.

Il y a de l’achat contraint, parce que la maison/terrain dans une zone inondable, c’est moins cher. Lorsqu’il y a 40 ans, mes parents avaient fait construire à la campagne, il n’y avait pas toutes ces lois et documents, mais ils savaient qu’il valait mieux prendre un terrain plus petit sur la colline, plutôt que le vaste terrain près de la petite rivière…qui sortait régulièrement de son lit. En région parisienne, ce n’est pas toujours un choix si facile. Mais celui qui achète sur l’île dont le seul accès est un pont, il le fait à la fois pour avoir un milieu particulier, un ghetto de riche (maisons à plus d’un million d’Euros, vigiles à l’entrée…) et profiter des beautés de la Seine avec son ponton, son/ses bateaux. D’autres, dans une zone similaire, ont acheté une vieille maison à retaper, mais elle devait bien valoir le double de la mienne, déjà. Etrange marché de l’immobilier. J’ai vu aussi un type qui a acheté une jolie et rare maison sur les berges à Paris pour y faire un restaurant/piège à touristes. Évidemment, il est aussi sous les eaux avec tout son matériel. Il a joué sciemment à la roulette russe et a perdu. Mais d’autres se pensaient, à juste titre, protégés depuis de nombreuses années. Les études qui sont fournies pour les notaires (les PPRI pour plan de prévention risque inondation) sont remises à jour mais ne sont pas expédiées par courrier à tous les propriétaires. Il faut aller sur le site de sa Mairie pour le consulter. Malheureusement, l’humain paye ici son arrogance vis à vis de la nature.

Un PPRI disponible à la mairie

Il y a évidemment l’arrogance de celui qui fait construire une luxueuse villa sur une falaise en bord de mer, sans penser à l’érosion. Il y a celui qui installe un joli restaurant/paillote plus ou moins légalement sur la plage et découvre que la mer, ça monte…. et de plus en plus. Mais il y a aussi l’Agriculture qui a modifié durablement l’absorption de l’eau par les sols. Quel paradoxe en ce moment de voir que les nappes phréatiques ont eu du mal à se remplir et qu’on a pourtant des inondations chaque année (aujourd’hui elles sont quand même remplies). Il est vrai aussi que d’autres zones n’ont pas ces inondations ni cette pluviométrie excessive. On pointe du doigt les pratiques de labours, d’engrais, la destruction des haies et arbres qui divisaient les champs. On pointe du doigt le bétonnage des parcelles agricoles. On pointe aussi du doigt le dérèglement climatique dont l’homme est le plus grand responsable. La nature se venge…. Et comme j’ai encore en mémoire l’excellent « Les Ignorants » d’Etienne Davodeau (que je ne chroniquerai pas, par contre…) et qui parle d’un viticulteur en biodynamie, je repense à sa relation raisonnée à la terre. Il est souvent fataliste, inquiet pour ses pieds de vigne, sachant bien que son chiffre d’affaire d’une année ne dépend que de la nature. On a cru la dompter avec des inventions, des machines, des barrages (qui ont créé des catastrophes écologiques parfois) mais on en revient toujours à ça. Le piètre jardinier que je suis, sais pourtant qu’il y a des années sans et des années avec. J’ai eu énormément de pommes l’année dernière et l’année d’avant c’était très mauvais, pas uniquement à cause de ma taille. Connaître le risque et l’anticiper, c’est souvent ce qu’il manque surtout que statistiquement, il est de plus en plus fréquent.

Et dans cette théorie des ensembles, on range vite tout ça en deux paquets : Les méchants agriculteurs pollueurs, les autres. Les victimes des inondations, les autres….C’est bien plus complexe que cela, évidemment mais il est facile d’aller voir la Seine à deux pas des studios de télévision ou dans un lieu photogénique, moins facile d’aller comprendre toutes les raisons qui font qu’il y a des dizaines de milliers de sinistrés qui feront aussi augmenter les assurances habitation, alors qu’ils n’ont rien demandé à personne. Il est plus complexe de comprendre que dans la lutte contre les inondations, on fait des choix, comme celui de protéger Paris avec des retenues et que donc, il y aura toujours des zones sacrifiées. On ne se souvient pas assez de la Nouvelle-Orléans lorsqu’on a découvert que les quartiers riches étaient étrangement préservés par des digues bien entretenues, pendant que les quartiers pauvres, noirs et hispaniques trinquaient. Quand je regarde le PPRI près de chez moi, je vois bien qu’on a construit récemment un joli lotissement avec clôture et caméras….mais en zone potentiellement inondable si on passe à 7m. Je ne vais pas venir forcément sur le terrain politique, mais il faut quand même se souvenir que les baisses des dotations des régions, municipalités, départements ont des conséquences sur l’entretien. L’état propriétaire de certaines digues, se défausse de son entretien depuis… cette année. Là aussi la théorie des ensembles qui fait que l’état pour remplir ses caisses, diminue des dépenses sans se soucier qu’il les donne à un autre ensemble déjà vide. (je vais éviter aussi de parler des EPHAD, ça va m’énerver sinon…)

Et puis pendant ce temps-là on ne voit pas l’autre ensemble de la terre qui subit bien plus de catastrophes naturelles que la France, pays quand même très protégé dans ce domaine.

On ne comprend pas encore que l’ensemble « migrant » n’est pas uniforme, aussi peu que l’ensemble « français » ou « européens », même si on arrive globalement à vivre ensemble. On ne comprend pas encore qu’il n’y a pas un ensemble de méchants chômeurs fainéants, pas plus qu’un ensemble de méchants riches évadés fiscaux. Mais notre nature humaine aime la caricature, autant que la jalousie, d’ailleurs. Se moquer de, montrer du doigt le plus faible, ou au contraire se faire peur en regardant ceux qui sont dans la misère, se rassurer aussi… des petits travers qui font que l’on crée des petits ensembles, des cases, des sacs, des ….geôles.

Parfois l’ensemble n’est pas si homogène que cela…

Pourtant cette semaine, j’ai pu me réjouir d’un des commentaires sur un article (non pas que les autres ne me réjouissent pas…). J’avoue que j’ai du mal à continuer sur la géopolitique, même si je continue à m’intéresser. C’est un domaine qui demande tellement de lecture et d’investissement pour bien le faire… et qui intéresse si peu de monde dans une période individualiste. Mon manchot préféré me trouvait sans doute décalé sur le zozio à essayer de parler de cela. Oui, je l’étais et je regarde distraitement les rares comptes de mes « maîtres » à penser, du moins ceux qui commentent plutôt que de verser dans l’égocentrisme et la publicité pour leur institut. Ce sont de petits ilots d’intelligence dans cet océan de bêtise, souvent. J’ai un article en tête pour continuer sur ce sujet, et un autre en réserve … ça demande du temps de replonger dans des archives, d’aller lire des points de vue différents, dans d’autres langues (et grâce en soit rendue aux traducteurs en ligne qui fonctionnent de mieux en mieux quand ce n’est pas en anglais). J’ai quand même eu le temps de faire déjà une vingtaine de dessins et je n’ai pas encore eu l’envie de tout détruire donc c’est bon signe. Disons que dans l’ensemble de ces dessins, la qualité suit un peu la fameuse gaussienne….mais je n’éliminerai pas les 1 ou 5% de chaque coté. Il faut assumer aussi les médiocrités.

Ah oui, pendant que je convainquais madame avec une Ubuntu 16LTS, ma Debian m’a fait quelques misères que j’ai du mal à comprendre encore…J’en suis à me demander si je ne vais pas faire quelques temps sur du Mint, comme il y a quelques années, histoire de n’avoir qu’un système à connaître entre le PC de madame et le mien. Bon, il faut aussi dire que la Debian sur son PC, ça a curieusement été rétif au chipset wifi avec des bizarreries sur la carte graphique double (super invention, là encore, digne du DV6C chez les bagnoles….). Bref, encore du temps à passer pour réfléchir à en passer moins. (Mettez cet article sur les effets de l’abus de paracetamol)

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8 réflexions sur « Blog : La Théorie des ensembles  »

  1. Le remembrement rural qui avait pour but la constitution d’exploitations agricoles d’un seul tenant sur de plus grandes parcelles afin de faciliter l’exploitation des terres a joué un rôle important dans la modification du paysage avec les effets qu’on peut voir maintenant.
    Ces procédures ont souvent été critiquées pour avoir été la cause d’une destruction massive et non compensée du bocage et des réseaux de talus, ainsi que des réseaux de fossés, de mares et de micro-zones humides qui constituaient une trame verte fonctionnelle, écologiquement et agronomiquement utile en abritant de nombreux auxiliaires de l’agriculture.
    Chez moi tout le monde a été convaincu par Debian, j’essaye de convaincre la bibliothèque de mon village de migrer leur matériel sous Linux, mais ils préfèrent utiliser leur vieux Windows.
    A pluche.

    1. Convaincre d’utiliser un Windows qui marche contre un Linux qui marche… peut-être ?
      Après, si tu es capable d’assurer le SAV 100% du temps où ces ordinateurs sous Linux sont utilisés, c’est une bonne idée…

      1. L’ordinateur de la bibliothèque tourne avec un vieux XP, il sert principalement pour faire les recherches sur le Net, faire tourner LibreOffice et tenir la gestion des livres en ligne, pas de quoi mettre à genoux une modeste Debian et bien mieux sécurisée.
        Je dis cela, mais je dis rien 😀
        A pluche.

      2. Ha tu parles de l’ordinateur à destination du public.
        Sinon si avec ta Debian tu peux gérer l’identification des utilisateurs (obligatoire en bibliothèque fournissant un accès Internet, donc si ce n’est pas le cas avec leur XP, spa bien), si tu peux assurer le SAV aux ouvertures du public, former le personnel à la majorité des cas exotiques (antinomique ?) qu’ils rencontreront, négocier avec la DSI de ta ville si c’est elle qui gère le PC, etc. alors fonce 🙂 (oui, je n’aime pas les yakafokon, encore moins les kissikoné et encore moins quand sa touche mon taf :P).

  2. Nos deux ordinateurs ont été achetés d’occasion et tournent sous Lubuntu. Celui de mes parents (88 ans) également. Je n’entends pas de critiques majeures … même si ces machines cachent un puits de mystère insondable. J’aime à me persuader que ce serait pire sous Windows.

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