Blog : Imaginaire et réalité

Si vous avez lu ma première chronique cinéma de la semaine, vous pourrez un peu mieux comprendre ce qui a motivé cet article. En effet, dans le film, une des héroïnes afghanes parle de ses rêves, dans un environnement absolument pas propice à cela. Et on a tendance à penser qu’avec l’âge, on perd ses rêves.

Pourtant, il y a quelques semaines de cela, mes parents (dont mon père qui a connu la 2ème guerre mondiale) ont réalisé un des leurs. Il a fallu que j’insiste lourdement pendant des années mais ils l’ont fait et sont revenus ravis. Pour les miens, j’ai rayé (car réalisé) déjà quelques lignes de ma liste mais j’en trouve toujours d’autres. J’ai le temps ….hum, pas si sûr quand on voit des collègues et amis partir prématurément. Nous avions décidé avec madame de profiter de ce que nous pouvions faire avant d’être infirmes, séniles, ruinés, ou que sais-je encore et nous avons bien fait. J’ai connu des personnes qui ne sont pas allés au bout d’un rêve et la vie peut aller très vite pour changer les choses. J’ai donc tendance à penser que dans la trentaine, t’as intérêt à y penser, surtout si tu n’as pas encore d’enfants.

Le futur que j’ai vu très petit, c’était Jules Verne

Mais en parlant d’enfants, cette semaine il y a eu tout un scandale autour du bac. Il se trouve qu’une de mes nièces le passait justement dans la section S sur Paris, là d’où est partie la bronca de parents d’élèves et de leur progéniture. Je connais pas mal de profs de math qui rigolent (jaunes?) à voir cela et ça se réglera à l’amiable par rapport à la moyenne des notes en ré-haussant de quelques points pour ne pas faire chuter le sacro-saint taux de réussite, officieusement. Le tonton, qui verse dans les maths et le calcul scientifique, rigole aussi car le coeur du problème est dans l’interprétation d’un énoncé et le guidage dont les élèves ont l’habitude. J’ai vu des vidéos youtube de bacheliers et j’avais plutôt envie de leur filer une bonne baffe dans la gueule : Plutôt que de passer du temps à faire une vidéo, révise mieux… Car entre les sections Math sup et la fac, il va falloir apprendre à travailler autrement et à se prendre parfois des notes bien pires. Ce fut mon problème, mais j’ai aussi eu la chance d’avoir un prof de math de Terminale qui nous préparait à la suite (avec des moyennes bien salées), au point que le bac a paru facile. Le problème de fond, c’est qu’à force de préparer à un schéma d’exercices types, on ne sait plus faire dès qu’on sort d’un iota du schéma (certains terminales S ne savent pas leurs tables de multiplication, aujourd’hui…) Et dans les maths ou ailleurs, il faut développer aussi l’imaginaire et la créativité.

L’imaginaire de ©Chiharu Shiota, In Silence

Encore cette semaine, j’avais un apprenti (BTS MCI…) dans mon service et j’ai trouvé l’opportunité de le faire un peu chercher. Il y avait un petit calcul proche de la règle de 3 qui aurait pu lui permettre de vérifier si ce qu’il faisait était bon. Lui même nous posait la question. Il n’avait pas de calculatrice, pas le réflexe du calcul mental, … ni celui de l’application calculatrice de son ordinateur de poche, alias le smartphone. Pour lui, le schéma, c’était « Je ne sais pas », ‘je demande à celui qui sait’, ‘il me dit oui », … Et après on se retrouve obligé de les noter sur l’autonomie. Cherchez l’erreur. En tout cas, j’ai l’impression que malgré mon modeste niveau, j’aurais su faire en terminale. Et je ne parle même pas des notions supprimées des programmes depuis, ça va m’énerver. Il y a évidemment une question de maturité qui intervient et certains auront cette autonomie à 20 ans, 18 ou 25. On retrouve ça aussi avec de jeunes ingénieurs sortis de l’école qui attendent que ça vienne tout seul. Le monde n’est hélas pas comme ça. « Aide toi et le ciel t’aidera », dit-on. Et on me demande de faire des tonnes de fiches explicatives sur des matériels, dont il existe déjà des notices constructeur en français très détaillées, parce qu’on se dit que le nouvel utilisateur n’ira pas ouvrir le document de 50 pages, lire le principe de mesure, la description de l’interface utilisateur. Il n’ira pas plus lire ce que j’écrirais, il m’appellera au secours ! C’est aussi ce qu’on rencontre typiquement dans l’utilisation de l’informatique ( Cyrille en parle très bien…). Oui mais voilà, on n’apprend plus à penser, on donne directement des solutions toutes faites à des problèmes, sans en comprendre l’origine. L’imaginaire ne fonctionne plus.

Encore une de mes photos dans l’Explore de Flickr, avec un peu de rêve !

Et puis, à une caisse, j’entendais une cliente, professeur des écoles, parler à la caissière du problème de la lecture. La caissière est jeune maman, et essaye de faire lire sa fille. Elle a de la chance, la petite a envie d’avoir des livres, mais reste peu douée pourtant dans l’exercice. La prof parlait plutôt du fait qu’il faut trouver le truc qui donne envie de lire. Mais pour répondre à la problématique de la maman, elle parlait du besoin de l’enfant d’avoir un adulte qui puisse le guider, l’aider aussi. Mais cet adulte d’aujourd’hui est peut-être l’enfant d’hier qui n’aimait pas lire et qui comprend aujourd’hui ce manque. Le sujet se déplaçait aussi sur le fait que quand on apprend à lire, on lit tout ce qui passe devant nos yeux. C’est chiant pour les parents mais je me souviens de ça, ou de mon premier livre (un Oui oui, mais je suis vite passé à autre chose). Le livre a été très vite un ami pour moi. Solitaire, je trouvais un moyen de m’évader, de découvrir d’autres mondes et le jeu vidéo est arrivé bien après. Son aspect basique permettait encore de développer un imaginaire, que le photoréalisme d’aujourd’hui tue un peu. J’avais la chance de pouvoir puiser dans une bibliothèque familiale puis municipale. Ca a forcément joué sur la suite. Aujourd’hui, je n’ai plus l’impression que les outils disponibles dès le plus jeune age forcent à développer un imaginaire mais soient trop réels. Ca fait peut-être vieux con mais quand je lis que les patrons de la silicon valley privent leurs enfants des terminaux qui inondent le monde, ca ne doit pas être loin de la vérité.

Développer son imaginaire, ça peut aussi être confronté au réel, à l’esprit critique, se remettre en cause. Je participe, par exemple, à l’excellent forum de Cyrille, un truc comme on n’en voit peu car la modération y est inutile ( voir cet article chez Alias…). On sait se tenir parce qu’on a pratiqué l’exercice depuis des années et qu’on respecte le propriétaire des lieux. En plus, en parlant d’imaginaire, la mascotte l’est bien. Et en parlant de Cyrille, il a comme chaque été, utilisé son baton de dynamite pour faire péter un truc. Son site a abandonné PluXML pour wordpress. C’est curieux, l’été venu, j’ai souvent la tentation de tout changer aussi. Mais cette année, je garde le backup tel quel, la présentation de ce blog aussi. Je n’ai pas détruit encore icezine et hebdozic/histozic… Je me suis contenté de prévoir une refonte de l’interface pour 2019 et j’ai intégré le RGPD dans les pages. Je ralentirai un peu le rythme de publication en Aout mais tout est quasiment écrit jusqu’à la rentrée.

C’est bien terre-à-terre mais pour en revenir à mes apprentis BTS, j’aime leur demander (ce sont des premières années sortant du bac) pourquoi ils ont choisi cette filière et ce qu’ils veulent faire plus tard. Alors que mon environnement est en profonde mutation vers d’autres énergies, je suis intéressé de voir leur vision de l’avenir. Alors on me parle de bateaux, d’avions, mais aussi de voiture de collection. On a du mal à entendre un imaginaire sur ce futur, sur leur propre futur. Certains sont vite rattrapés, justement, par la réalité, à peine le diplôme obtenu. Il faut manger, se loger. L’univers dans lequel je travaille ne prête pas forcément à l’imaginaire. Pourtant, on demande de concevoir l’avenir, de partir parfois d’une feuille blanche pour répondre à des problématiques, à des normes. Il faut évidemment ne pas oublier le passé, savoir s’appuyer sur ce qu’on fait nos anciens, mais le moteur (ha ha) c’est bien d’avoir encore des rêves, de revoir les images de l’an 2000 que l’on avait quand nous étions jeunes. Je ne sais pas si aujourd’hui on imagine encore des voitures volantes, la conquête des océans ou de l’espace, des rencontres d’un troisième type… Je serai curieux de l’entendre/le lire.

Bonnes vacances aux juillettistes, ici, il n’y en a pas! Mais il y aura du rêve.

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2 réflexions sur « Blog : Imaginaire et réalité »

  1. L’autonomie s’évapore en raison aussi de tout ce que nous utilisons comme outils qui nous facilitent le quotidien. Qui va remettre en question le fait qu’un tableau numérique interactif a plus d’inconvénients qu’une craie qui fait de la poussière ou un marqueur qui sent à des kilomètres ? Après il y a le fait d’intégrer de nouvelles façons de travaillier et le fait de les imposer. Que l’on mette sur le marché des technologies nouvelles oui, pourquoi pas, c’est le sens commun du progrès humain, mais que ces technologies viennent supplanter l’existant là je suis moins d’accord.

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