Cinéma : Ready Player One de Steven Spielberg (2018)

Pentagon Papers m’avait un peu réconcilié avec Spielberg (quand on aime, on est exigent…). Mais la bande annonce de celui-ci ne m’avait pas spécialement séduit…jusqu’à cette séance de rattrapage. 

Contrairement à mon excellent collègue Alias, je n’ai pas lu le livre dont est issus le film. C’est sans doute un avantage. Mais l’auteur, Ernest Cline est co-scénariste et crédité comme producteur donc je peux penser qu’il n’a pas complètement perdu l’idée de son oeuvre. Si je chronique ce film, même en retard, c’est parce qu’il a tout pour séduire ma génération et les geeks. On pourrait même dire qu’il a été parfaitement marketé. En effet, c’est un petit jeu dans le film de reconnaître toutes les références à des jeux, des films, des mangas, des séries cultes. La liste est longue comme le botin du geek, avec par exemple la série Batman des années 50, Retour vers le futur, Akira ou Le géant de fer (Brad Bird en 99).

La structure narrative n’est finalement pas si éloignée d’un bon vieil Indiana Jones avec une course poursuite pour s’emparer du Graal de l’époque, un Easter Egg (une fonction cachée) dans un univers de jeu virtuel type MMORPG (jeu de rôle massivement multijoueur). Le jeune Wade/Parzival, joueur d’une classe pauvre dans ce monde d’anticipation (2045) mène cette quête avec son ami Aech, et fait la rencontre d’Artémis/Samantha. Ils luttent contre d’immenses sociétés de farming, dont IOI dirigé par un ancien stagiaire du créateur du jeu OASIS. L’enjeu est de dominer ce jeu vidéo qui passionne le monde entier, et donc de dominer le monde par cette addiction.

Si vous n’avez pas décroché jusqu’ici, c’est qu’il y a du geek en vous. Mais au delà de cela, on voit poindre une critique de notre monde, de cette addiction des joueurs aux univers virtuels (comme World of Warcraft à l’époque de l’écriture, j’imagine) et la constitution de petites sociétés de farming qui revendent des personnages aux joueurs les plus riches. Ici, les joueurs s’endettent et se retrouvent obligés de rembourser comme esclaves bien réels pour ces sociétés. L’univers est suffisamment riche et développé pour passionner le spectateur. Les 2h20 passent donc très bien sans tomber dans une débauche de poursuites et combats. On pense aussi aux GAFAM puisque ces sociétés régissent aussi les achats, les publicités et se gavent de nos données, surveillent tout dans la vie réelle avec des drones. Heureusement, la police n’est pas encore sous leur coupe.

Spielberg n’a pas pris de stars dans ce film car la star, c’est l’histoire. Le casting reste plutôt réussi dans cette optique. On retrouve un peu du jeune Steven à travers cette ode aux années 80, ses années dorées. La bande son est clairement orientée avec une succession de hits rock/AOR de cette époque. On ne comprend pas forcément le lien avec l’histoire et il semblerait par contre que le côté Donjons et Dragons soit gommé. On a quand même une allusion à Gygax.  Je pense que c’est un argument marketing car les enfants de ces années là ont maintenant des enfants en âge de rêver avec ce type de film. Hum, ça n’a pas tant marché que ça si on en juge par les scores d’entrées. Et si ça n’a pas marché c’est parce qu’il y a peut-être trop d’allusions pour le grand public, au détriment de l’histoire elle-même.

Comme je l’ai dit, on reste dans une structure assez classique avec des incohérences. Mon côté fan va les pardonner facilement mais pour d’autres, ça risque de coincer. C’est aussi un film à effets spéciaux et de ce côté là, Spielberg est un maître. Il s’appuie sur les équipes de son ami Georges Lucas (ILM, et studios d’enregistrements musicaux). Mais ceux qui préfèrent plus d’histoire vont déchanter. A noter que, malgré des similitudes, ce n’est pas John Williams qui signe la musique mais un autre grand du domaine, Alan Silvestri. Au final, nous avons un film pour fans de Pop Culture et j’apprécie ça. C’est tellement écrit dessus qu’il y a une grosse allusion en fin de film. Alors il n’a peut-être pas rencontré tout son public et c’est dommage. Mais je suis curieux de connaître la réception qu’a eu la jeune génération.

(vu en VOST et pas en 3D, cette fois!)

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6 réflexions sur « Cinéma : Ready Player One de Steven Spielberg (2018) »

  1. Bonjour Didier. Pour répondre à ton interrogation sur les jeunes génération. Ma fille de 10 ans a vu le film au cinéma le jour de la sortie (obligée de suivre son geek de père et pas emballée du tout). Trois mois après. Elle a revu deux fois le film en plus de sa séance ciné. Elle a compris certains avertissements dont celui des personnes cachées derrière un avatar (le type de 50 ans qui vit dans la cave de sa mère). Ma fille a apprécié les références intergénérationnelles : King Kong, le T Rex,… D’autres comme la DeLorean ne lui sont pas familières même si l’apparition toute « Tronesque » du bolide l’a emballé. Par contre le message de fin est resté lettre morte. C’est à nous, parents, d’instaurer un contrôle comme dans l’Oasis (jeux, Snapchat,…). Je regrette aussi le manque de radicalité chez Spielberg. J’aurais aimé retrouvé la flamme denonciatrice de Pentagon Papers mais The Entertainment Guy sait rester conventionnel quand ça l’arrange. Merci pour l’article.

  2. Petite précision quant à l’histoire: OASIS n’est pas seulement un environnement de jeu, c’est l’Internet de l’époque – ou, à tout le moins, son interface. Tout ce qui passait autrefois par le web transite par OASIS.

  3. Je suis le public cible, geek des années fin 80, je pensais que j allais juste avoir du fan service et finalement je me suis laissé porter par le film. Sympa

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