Blog : Voyage en généalogie

Episodiquement (tous les 10 ans environ) j’ai envie d’étudier la généalogie de la famille. Et cette fois, j’ai vraiment bien progressé, tout en regardant ce qui se faisait en logiciel libre et GNU/Linux. Une base généalogique, ce n’est rien d’autre qu’une base de données relationnelle avec des champs naissance, mort, mariage à minima et des relations entre les éléments. Je ne me suis jamais lancé dans la programmation de ma propre base car depuis des années il existe des logiciels qui tentent d’aider le généalogiste. Et puis il existe, pour les francophones, un site de généalogie amateur qui fonctionne depuis bien des années : Geneanet.org. (le fondateur est aussi fondateur de Mandrakesoft devenu Mandriva) J’avais un compte depuis 2007, le site existant depuis 2000. Il fonctionne selon le mode freemium, c’est-à-dire qu’on peut très bien faire une large base de données en gratuit mais en payant un abonnement de 50Euros par an, on accède à des ressources supplémentaires et des recherches multicritères. Il utilise un logiciel nommé Geneweb qu’on peut aussi avoir pour sa propre base hébergée. Il y a 4 milliards d’information mais la redondance rend ce chiffre très optimiste. Par rapport aux concurrents comme Filae et Family Search, ça reste le plus efficace pour la France même si la version mobile du site manque de cohérence et que l’application Android est complètement buggée.
Ce que ça donne sous Wintree après export
Côté logiciel, j’avais utilisé, il y a 10-15 ans, Personnal Ancestral File (PAF pour les intimes) sous Windows,  le logiciel des mormons. Les mormons ont la particularité de stocker des tonnes d’information mais ils ont arrêté de développer ce logiciel depuis 8 ans au moins, préférant s’appuyer sur le seul site familysearch. Je suis parti en quête d’autres solutions en logiciel libre d’abord sur GNU/Linux : Gramps et Ancestris, puis sous Windows où je me suis arrêté à Ahnnenblatt et Wintree (pour l’impression) . Le leader du marché est Heredis (Windows, Mac et Android), payant. Autant vous le dire tout de suite, fuyez ces horreurs que sont Gramps et Ancestris. C’est mal foutu avec une saisie absolument pas ergonomique. On gagnera du temps à programmer soi-même sa base ou collecter ça dans un fichier de tableur. Ahnenblatt n’est pas trop mal malgré un look d’un autre age (au moins 15 ans). En fait en regardant cela, on remonte aussi dans le temps… de l’informatique. Je suis donc resté sur la solution en ligne Geneanet avec un export régulier de ma base au format GEDCOM, un format ASCII qu’on pourrait exploiter avec d’autres outils, tant il n’y a aucune protection de données. (Attention à choisir l’UTF-8 et pas l’Ascii dans Geneanet)
Singing Ringing Tree Stitch.jpg
Par Childzy — Travail personnel, CC BY 3.0, Lien Vous vous dites sans doute que la Généalogie, c’est un truc de retraité, un truc chiant et je le croyais un peu jusqu’à reprendre tout ce qui avait été collecté par mes parents et mes oncles. En fait, il vaut mieux commencer jeune pour profiter des souvenirs de ses parents et grands-parents. Surtout que la période 1880  à 1918 pose quelques problèmes entre l’absence de base en ligne et d’indexation et le refus de fournir des documents de plus de 75 ans dans les interfaces en ligne de l’état civil. C’est plus simple de prendre des notes sur les lieux où vivaient ses ascendants car après viendra la recherche dans les archives de l’état civil et là, il faudra avoir une bonne vue et un peu d’imagination. Par contre, la connaissance du latin peut aider…Ou bien utiliser un traducteur comme celui de Google (je n’ai pas encore trouvé ça en plus libre). Je suis donc parti d’une bonne base pour remonter méthodiquement le fil de la branche principale de ma famille avant de m’intéresser aux frères et sœurs de chaque ascendant et ainsi de suite. Le côté passionnant de la généalogie, c’est l’enquête. Vous voilà dans les méandres de l’histoire, celle de ce pays mais parfois d’autres pays. Pour ma part, je restais bloqué à 1870 où des archives étaient brûlés pendant la guerre de 70-71…mais depuis des archives paroissiales ont été retrouvées et j’ai pu ainsi remonter jusqu’à la 10ème12èmegénération au 16ème siècle, sous Louis XIII, Charles IX… Ah non, ce n’était pas toujours français mais cela correspond à peu près à la Guerre de Trente ans ou les guerres d’Italie selon les branches. Je vais ainsi suivre l’histoire de France à travers les déplacements de ma famille, une famille essentiellement paysanne avec parfois d’autres professions comme des tisserands, des boulangers ou d’autres moins connues et disparues comme wattman ou bourrelier…A voir les naissances de frères et sœurs prématurément décédés, on se souvient alors de la dureté de la vie de l’époque. Il n’était pas rare qu’un homme se remarie après le décès de sa femme suite à un accouchement, une maladie. Cela multiplie les branches des familles mais il vaut mieux rester concentré sur la branche principale. Je me suis retrouvé dans la base des Légions d’honneur, à feuilleter des documents militaires de la guerre de 1914-1918. Cela a confirmé que nous étions bien au bon endroit lorsque nous cherchions avec mon grand-père le lieu de la mort de son père dans la Somme, aujourd’hui un paisible bosquet au milieu des champs, près d’un manoir. Mais l’enquête prend un tour passionnant quand on ne trouve pas tout de suite, quand il faut feuilleter en ligne des pages et des pages d’archives en suivant des hypothèses. Les enfants ne naissaient que rarement hors mariage déjà donc il faut chercher les mariages et les naissances avec des dates proches. Cela donne les noms des grands parents des enfants et les âges des parents donc on retrouve une année de naissance et d’autres lieux. Avec l’ajout de la base Geneanet, ça peut aider mais attention, il y a beaucoup d’erreurs, surtout sur les périodes récentes. Il y avait aussi plusieurs orthographes dans les noms car beaucoup de nos aïeux ne savaient pas écrire et c’était au bon vouloir de l’officiel d’état civil. J’ai donc un nom de famille du côté de ma mère avec 4 variantes. J’ai appris à manier peu à peu ces bases d’archives mais chaque département gère sa base à sa manière et les numérisations sont bien différentes. Entre l’Alsace, le Nord et l’Auvergne, ce n’est pas aussi facile à déchiffrer. La société qui a l’air d’avoir raffler la mise sur plusieurs départements n’est pas la meilleure. Je me demande encore si ces gens testent leurs produits en condition réelle quand c’est ingérable sur tablette, quand tu dois zoomer à chaque page ou quand les images sont trop compressées. Il y a aussi des oublis dans les tables récapitulatives des officiers d’état civil donc il faut s’armer de patience et examiner chaque page des périodes visées. Aujourd’hui, j’ai quelques trous encore dans l’arbre, sur ses sommets car selon les régions, on ne sait pas remonter aussi loin. Paris n’est pas forcément un cadeau, par exemple. Je pense que je suis remonté au maximum de ce que la généalogie peut faire pour des familles non nobles (soit vers 1630 même si il y a une petite branche vers une petite noblesse locale qui permet d’aller un peu plus loin et un cousinage plus récent avec une vraie noblesse français moins glorieuse…hum) et je suis donc satisfait. Je n’ai pas de célébrités et je m’en fiche bien d’ailleurs. Mais à relire et parcourir cet arbre, j’ai découvert des histoires étonnantes. Il y a quelques enfants sans père connu. Il y a des remariages surprenants. Il y a aussi des professions qui ont disparues mais qui étaient très symboliques d’une époque. Je pense par exemple aux canuts du côté de Lyon, et un peu plus au nord de la ville. Et puis mes grands-parents et parents imaginaient certaines origines d’après ce que l’on racontait. Ce n’est pas toujours vrai car depuis le 19ème siècle, les populations sont bien plus nomades. Avant le 19ème, nos ancêtres restaient beaucoup plus dans une région, à moins d’une guerre, une famine. Les familles autour d’un village se mariaient entre elles et c’est un imbroglio de cousins et homonymes. Puis vint la révolution industrielle qui a créée des exodes. Les grandes guerres du 19ème et 20ème siècle ont achevé de disséminer les branches de la famille dans tout l’hexagone et même plus loin. Du Vietnam, à l’Algérie en passant par la Belgique, j’ai parcouru des kilomètres et avec toujours des mystères à découvrir et la famille est disséminée du nord au sud, de l’est à l’ouest et peut-être plus pour des cousins.
J’ai mis en place des veilles sur certains noms et certaines périodes et j’essaie de trouver les documents qui manquent comme preuve. Là aussi, il faut organiser ses sources, les noter méthodiquement. L’intérêt de tout cela est évidemment discutable. Savoir que mes ancêtres étaient dans un tout petit village de l’est de la France ou de la Bourgogne, ça ne changera pas ma vie. Je ne vais pas m’amuser à faire des tests ADN comme c’est maintenant à la mode. Ça ne m’intéresse pas car il n’y a plus cette partie enquête, fouille et déchiffrage. C’est presque trop facile et il faut tout de même se méfier de résultats hâtifs. D’ailleurs les plus grosses erreurs étaient dans des relevés en région parisienne où il y a des mélanges entre les homonymes. Ça sera bien plus compliqué pour nos descendants avec les mouvements de population. Par exemple, au Vietnam, il est impossible d’aller bien loin car il n’y avait pas d’état civil méthodique avant la colonisation, et encore sur les colons. L’autre aspect qui peut se révéler étonnant aujourd’hui, ce sont les prénoms et la place de la religion chrétienne dans notre histoire. Je ne vais pas dire qu’il faut arrêter d’être laïc mais on se rend compte qu’il y a deux siècles, tout passait par l’église. Des Jean, des Marie, j’en ai des tonnes… et même les rois mages. Des naissances, des mariages enregistrés dans des paroisses proches, aussi. On redécouvre ainsi des lieux oubliés, parfois détruits par les guerres, des rues qui ont changé de nom. J’ai revisité des villages en virtuel pour imaginer ce qu’ils étaient. J’ai revu des fermes dont j’avais le souvenir et qui n’ont pas changé. Pas besoin d’une DeLorean pour tout ça, il suffit d’un peu d’organisation. Et puis Geneawiki liste aussi des raisons qui vous parleront peut-être :
  • Redonner vie à des personnes que l’Histoire n’a pas retenues…
  • Mettre à l’honneur des hommes qui sont morts pour la Nation…
  • Découvrir des modes de vie très différents des nôtres…
  • Se replonger dans l’Histoire de France ou d’ailleurs…
  • Apprendre à connaître les régions de France ou d’ailleurs…
  • Rencontrer des cousins aux Archives ou sur Internet…
  • Faire partager ses découvertes…
  • S’amuser à tordre le cou à certaines légendes familiales…
  • Comprendre que le racisme est dénué de tout fondement (beaucoup d’entre nous ne sont pas totalement français)…
  • Créer ou entretenir le lien social en partageant avec d’autres familles des histoires communes
  • Partager ses recherches avec les différentes générations de sa famille…
  • Avoir une activité à partager en famille : recherches entre époux, enfants-parents ou petits enfants-grands-parents…
  • Apaiser des discordes, parfois séculaires, en retenant la vérité historique des faits
  • Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va
  • Renouer des liens avec les anciens
  • Un cadeau de Noël ou d’anniversaire unique (compter quelques années de recherches)…
  • Retrouver un ancien prénom de famille pour la prochaine génération porteuse du nom…
  • Faire de la Psycho Généalogie.
  • Mieux connaître d’éventuelles pathologies familiales
La généalogie est une quête sans fin, un témoignage que l’on peut laisser à ses proches. A une époque où on a tendance à un peu trop oublier le passé et l’histoire pour des chimères, il n’est pas inutile de faire ce petit voyage. Chacun trouvera l’outil idéal mais malheureusement, il ne sera pas très libre. Quelques associations généalogistes tiennent aussi un peu trop de la privatisation de données alors qu’une indexation libre des documents historiques serait bien plus utile. Je m’attendais peut-être à moins d’individualisme dans le domaine mais c’est vrai aussi qu’il y a quelque chose de très personnel là dedans. Les bons vieux forums peuvent aider, cela dit…
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6 réflexions sur « Blog : Voyage en généalogie »

  1. Je me suis amusé à la généalogie quand j’étais plus jeune, ayant quitté le pays où toute la famille était sédentaire ce n’était pas facile pour les recherches (au siècle dernier), je m’y suis remis il y a quelques mois suite à un contact avec un cousin que je n’ai jamais vu et qui cherchait quelques informations mais cela reste quand même une étude « personnelle » de ses ancêtres. On ne partage pas « son savoir » mais de l’info.
    Sous Debian j’utilise Geneweb et sa version Geneweb-gui.
    A pluche.

    1. Il y a une part de savoir faire et beaucoup d’information en effet. Geneweb etant effectivement ce qui ressort le plus, je vais essayer mais ca me parait peu accessible à une personne lambda pour l’installation.

      1. Geneweb fait partie des paquets Debian et s’installe comme une autre application, il n’y a rien de sorcier, pas besoin d’incantation n’y de marabout 🙂
        A pluche.

      2. C’est sur que si je dis qu’il faut faire une install via le marketplace/synaptic/sudo… et faire 3 lignes de commande pour importer sa base web, ça leur fera bizarre; Bon, ça fonctionne pas mal ce geneweb, c’est vrai mais ça reste austère.

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