Cinéma : Beetlejuice de Tim Burton (1988)

Mais comment convaincre que cette aimable comédie déjantée est un indispensable ? Parce que c’est un film fondateur pour ce réalisateur incontournable des années 90-2000, ou parce qu’il révèle des acteurs, un musicien…

Un peu de tout cela mais il y a d’abord l’histoire improbable : 

Un couple de jeunes mariés heureux, Adam et Barbara Maitland, vivent dans une superbe villa dans le Connecticut. Alors qu’ils sont en voiture, Barbara sort de la route en voulant éviter un chien et le véhicule plonge dans une rivière. Adam et Barbara rentrent chez eux mais s’aperçoivent vite qu’ils sont morts dans l’accident. Devenus des fantômes, ils ne peuvent quitter leur maison car ils se retrouvent alors dans une dimension effrayante peuplée de gigantesques vers de sables. Mais leur maison est vendue peu après à un couple de riches snobs new-yorkais, Charles et Delia Deetz, qui emménagent avec Lydia, une adolescente gothique fille de Charles et de sa première épouse. Le seul espoir du couple est de chasser ses intrus mais n’y arrivant pas, ils font appel à Bételgeuse/beetlejuice, un paria de l’Au-delà.

Le scénario est attribué à Michael McDowell, Tim Burton, Warren Skaaren et Larry Wilson.  Il s’agit bien du McDowell qu’on retrouve dans les contes de la Crypte ou dans L’étrange noel de M. Jack ensuite… Tim Burton, après le premier long métrage « Pee Wee big Adventure », tente quelque chose de plus personnel, se souvenant de ses idoles, de son passé d’animateur/dessinateur chez Disney… et on retrouve tout cela dans un film qui a du être édulcoré pour mieux être distribué. La mort, dans une comédie, ça passe mal, même dans cette fin des années 80. 

Rien que le début du film, hésitant entre réalité et maquette, avec la musique typique de Danny Elfman, est très symbolique. Ce n’est pas le premier film du compositeur mais il trouve véritablement son style, pour le cinéma avec son comparse Tim Burton (il était aussi de Pee wee…). Nous sommes dans la petite bourgade type, avec le petit couple parfait, formé par un Alec Baldwin bien lissé, et une Geena Davis bien loin des rôles qui la rendront célèbre. Si elle apparaissait dans Tootsie ou La Mouche, elle est ici bien plus présente et dans un contre-emploi assez réussi. Mais le film révèle bien plus Winona Ryder, la fille gothique des Deetz, et bien sûr, Michael Keaton, au sommet de son art dans la composition de l’horrible et pourtant impayable BeetleJuice. Il est fantasque, imprévisible, jamais ridicule dans un rôle qui aurait pu pourtant l’enfermer. Batman lui permettra autre chose et il y a autant de facettes à découvrir dans sa riche filmographie.

On trouve déjà ce regard acide sur la bonne société américaine, qui trouvera une autre expression dans Mars Attacks! Catherine O’Hara, dans le rôle de la mère Deetz, est parfaite d’antipathie et de suffisance (on la retrouvera dans Maman j’ai raté l’avion) alors que son alter-ego mâle Jeffrey Jones lui répond totalement. On est dans l’époque Reaganienne du fric, des yuppies, et la peinture est criante de vérité avec ce qu’il faut de caricature. Mais la caricature du film d’horreur n’y est pas. Burton reprend bien les poncifs du genre mais les détourne dans cette comédie grincante. Il introduit son univers visuel par petites touches, lorsque l’on va dans ce « monde extérieur » à faire frémir. Il utilise la technique du stop motion, rendant hommage à des cinéastes qu’il admire. Aujourd’hui, ça paraît évidemment daté, presque grossier mais il faut y voir autre chose qu’un simple effet spécial. Le film est ainsi truffé de références qu’il faut décoder.

Il y a évidemment des scènes devenues cultes et je me délecte toujours autant de la scène du repas où notre couple tente d’effrayer les convives en prenant possession de leurs corps avec en fond la chanson Day-O d’Harry Bellafonte. Le tout est empaqueté dans une comédie à l’américaine, enlevée, colorée et le succès est aussi inattendu que colossal avec 4 semaines en tête du box office. Le résultat donne alors plus de pouvoir à son réalisateur pour faire son premier Batman et installe aussi ce style si particulier qu’il ne cessera de développer dans les 15 ans suivant. Les années 2010 l’assagiront un peu trop ou le feront rester dans ses propres inventions. Reste ce premier vrai film qui sera aussi décliné en une série animée, qui est passé dans les années 90 sur nos antennes françaises. C’est moins réussi mais ça a installé aussi ce délire visuel dans l’imaginaire d’une génération d’enfants, devenus adultes. 

A noter que la version française du film donne des voix très différentes au couple Maitland…

3 réflexions sur « Cinéma : Beetlejuice de Tim Burton (1988) »

  1. Il y a trente ans je n’étais déjà plus jeune marié, il me semble que j’ai du voir ce film mais dire qu’il est indispensable je n’irais pas jusque là 😉
    A pluche.

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