Réflexion : « mes » présidents

Hier à 11h58, nous apprenions le décès de Jacques Chirac. Et avec lui s’en va le dernier de « mes » présidents… Même si je n’avais pas voté pour lui.

Curieux hasard, mais il y a quelques jours, Frédéric écrivait sur son dégout du monde politique actuel. Je ne suis pas loin de penser la même chose. Mais avec le décès de Chirac, j’enterre un peu ce monde politique du passé, celui d’avant Twitter, l’information continue, mais surtout celui où l’on ne passait pas son temps à commenter plus les petites phrases que les actes…J’idéalise ? Sans doute un peu, et on idéalise tous le passé. Mais j’ai eu véritablement 2 présidents, des hommes qui avaient la stature du rôle présidentiel, ce que l’on n’a plus retrouvé depuis et qu’on ne retrouvera jamais. Et pourtant, des hommes qui ont commis bien des méfaits, des affaires…

C’est curieux cette relation d’amour-haine qu’il peut y avoir, presque une fascination. Pourtant, je n’ai eu l’age de voter pour une présidentielle que pour le premier septennat de Chirac, mon premier vote étant contre Maastricht pour des raisons qui se sont révélées exactes (pas d’Europe sociale, pas d’Europe diplomatique, pas d’Europe visionnaire…). Mitterrand fut « mon » premier président parce que je n’ai pas tellement de souvenir de VGE. Il y avait eu un peu d’espoir dans ma famille, à l’élection d’un président « de gauche », même si nous savions qu’il n’était de gauche que pour la façade. De 7 ans à 21 ans, il fut donc mon président et ça marque éternellement. J’avais connu Chirac opposant puis premier ministre et avec son libéralisme, ses privatisations, son « bruit et l’odeur »,et bien d’autres méfaits, je m’étais promis de ne jamais voter pour ce type. Côté affaire, il n’a pas forcément fait pire que d’autres et au moins pas pour un enrichissement personnel contrairement à d’autres de ses successeurs ou colistiers. Mais on ne peut pas le citer en exemple. Le pouvoir, sa conquète et sa conservation ne semblent pas compatible avec l’honnêteté, ne serait-ce qu’intellectuelle. C’était aussi la marionnette du bebête show avant celle des guignols, avant super menteur et son « putain 2 ans ». Et je n’ai donc jamais voté pour Chirac, même en 2002 où de toute façon il n’y avait aucun suspens. Pour moi, un peuple doit assumer ses erreurs ! (je crains que l’on assume aussi celles des Etats-uniens, ces derniers temps)

Et pourtant, il y avait un attachement à le voir toujours là, à l’avoir comme maire de Paris, à devenir parfois sa propre caricature, surtout maintenant que l’on sait le décalage entre l’apparence et ce qu’il était. Mais cet attachement, je l’ai eu un peu plus lorsque ce fut Le Président qui a dit non à la guerre en Irak. Il faut se rappeler alors que lui a vécu une guerre, qu’il a connu la guerre d’Algérie aussi et ça ne donne plus le même rapport au conflit. Ceux derrière lui n’ont pas eu ça en mémoire et ça se ressent bien quand ils ont dit et fait n’importe quoi diplomatiquement. Le monde aurait été bien autrement si on l’avait un peu plus écouté sur ce sujet. Il se rachetait un peu du passé. Pourtant il était un nucléariste de première aussi, jusqu’à relancer des essais nucléaires à Mururoa, avant de s’apercevoir de sa bourde quelques mois plus tard. Ces « bourdes » (comme la dissolution de l’assemblée sur le conseil d’un certain De Villepin) l’ont rendu presque attachant en fait. Mais c’est aussi le seul président que j’ai … rencontré.

Une rencontre un peu particulière, c’est vrai puisque j’étais habillé d’un treillis de défilé avec une belle fourragère rouge, un FAMAS dans la main, et au garde à vous dans un petit peloton vers une mairie alsacienne. Les gradés disaient que ça ne s’oublie jamais… Déjà j’avais été frappé par la différence d’avec l’image médiatique. Il ne m’a pas adressé la parole ni même serré la main mais il eut un regard sympathique pour ces jeunes qui le saluaient ainsi, sans savoir que nous étions « appelés », parmi les derniers. On pouvait lui reconnaître cela, d’avoir une sympathie communicative. On parle souvent de son « show » au salon de l’agriculture mais il semblait, quoique l’on pense de ses opinions, habité par cela. Dommage, il a mis du temps à supprimer le service militaire mais finalement, je ne lui en veux pas, pensant même qu’il a eu tort de le faire purement et simplement. Il y avait des éléments positifs mais le maniement des armes n’en était vraiment pas un ! Autre débat…

Mais Chirac, c’est cet homme usé, déconnecté pendant le débat sur la constitution européenne. Je me demande avec le recul, s’il était convaincu lui même par le truc… de VGE, tellement il paraissait absent. Çà me confortait à la fois dans l’idée qu’il n’était pas du bon avis sur la question (sachant que sa position a varié souvent sur l’Europe) et ça me faisait de la peine comme quand on voit un homme âgé qui ne sait plus trop ce qu’il fait. C’est un président avec lequel j’ai grandi en fait, comme Mitterrand. Les suivants, je les ai vu arriver, les dents longues, faire des coups-bas, comme les autres mais jamais n’arriver à cette stature d’homme d’état qu’il est si difficile de définir. Il n’y a pas ce côté cultivé (sinon étalage de confiture chez le dernier), parfois sincère, cette vision perceptible d’un monde auquel on peut croire, sinon celui d’un monde du plus fort. C’est difficile à expliquer et ça tient peut-être aussi au fait qu’il n’y a plus vraiment d’idéal européen comme avant, celui de Macron étant plutôt « l’Europe c’est moi », pour paraphraser un de ses opposants.

un autre grand moment qui rendait fier

Je ne vais certainement pas pleurer lors des funérailles, pas plus que pour Mitterrand mais il y a une part de mon passé qui s’en va avec Jacques Chirac. Il n’y en aura absolument pas pour Sarkozy, Hollande, Macron. Il sont ceux qui ont affadi la politique, rendu la présidence vulgaire, normale, ou encore outrancière. C’est peut-être générationnel en fait mais hier, je regardais différentes émissions politiques et j’étais effaré de ce que l’on entendait, du besoin de ne parler que sur du vide, que sur une petite phrase en oubliant de parler des manifestations autour, de la détresse qu’il y avait d’exprimée, ou même encore du vide intersidéral de la politique environnementale européenne ou hexagonale qui …. ne voit pas la « maison brûler », malgré tous les rapports et toutes les solutions présentées par des scientifiques. Remarquons à ce sujet que ni Mitterrand, ni Chirac n’ont fait plus, eux même étant sous influence, comme on l’est forcément à ce niveau.

Si je ressens de la tristesse, c’est peut-être finalement parce qu’ils étaient d’une époque où j’avais encore un peu d’illusions sur l’avenir, où je me disais que l’humain avait encore la capacité à ne pas reproduire les erreurs du passé. Ces hommes étaient pourtant eux-même passéistes par bien des aspects mais autour, il y avait de la place pour l’espoir, pour des remises en causes (il n’y a qu’à voir le nombre de fois où ils ont changé d’avis dans leur carrière). Aujourd’hui tout semble déjà joué, confisqué, le seul changement étant de savoir quel nouveau « joujou » médiatique on va nous sortir pour continuer finalement les mêmes absurdités. On s’est américanisé totalement, de ce point de vue là, Obama, Bush, etc n’étant finalement que des têtes de gondoles d’un establishment bien rodé.

L’histoire est étrange à gommer certaines figures par rapport à d’autres. Il est difficile de dire si Chirac rentrera effectivement dans l’histoire un peu plus que VGE ou Pompidou. Il me faudra peut-être le double de mon âge pour en être sûr. Je sais que pour mes parents, Le président c’était plus De Gaule que ceux qui l’ont suivis, même s’ils n’étaient pas de son bord. On a tous finalement « nos présidents » pour des raisons complexes et qui tiennent aussi à notre construction politique, ou simplement … humaine. Mais attention à ne pas s’enfermer dans le passé et rechercher à le retrouver. Aujourd’hui, je ne voudrais pas non plus d’un autre Chirac ou d’un Mitterrand 2. Cette époque est révolue et le futur n’est pas aussi réjouissant qu’il ne l’était alors. Il reste quand même une petite part de moi qui croit encore qu’un monde fini et partagé serait possible au lieu du monde infini et disloqué que l’on continue d’imaginer. Mais pendant ce temps, on nous offre une impression étrange d’un monde totalitaire qui idolâtre un président décédé dans des émissions spéciales à longueur de journée et ignore totalement toute autre actualité, même hexagonale. Ne serait-ce que pour parler des dégâts environnementaux et sur la santé de l’incendie d’une usine d’hydrocarbure à Rouen… Autre époque decidémment ! Quand a-t-on perdu le fil?

2 réflexions sur « Réflexion : « mes » présidents »

  1. Bon, pour moi Jacques Chirac c’est d’abord la « La prise d’otages d’Ouvéa » et son issue tragique, et ensuite son fameux « bruits et l’odeur », pas ma tasse de thé.
    Il s’est rattrapé par la suite avec son opposition à la guerre d’Irak et en supprimant la conscription.

    Mon premier président c’était Pompidou, et ensuite VGE dont on a un clone au pouvoir aujourd’hui.
    L’histoire se répète sans fin (banalité…)

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