Réflexion : Après le blog, le néant

En vieillissant, tu n’as plus vraiment le même rapport avec ce que tu écris. Il y a déjà une différence entre une création imaginaire (roman, poème, nouvelle) et l’exercice du blog, entre essai court, éditorial et journalisme. Qu’est-ce que tout ça va devenir après ce bref passage sur cette terre… numérique.

Après des périodes où j’ai jeté beaucoup de choses, déménagé le blog, je suis enfin arrivé à la stabilité ici même. J’y ai réuni beaucoup de choses, dont je suis plus ou moins fier mais ça a le mérite de me définir en partie. Oui, parce que derrière Iceman, il y a aussi un humain, une vie de famille, un métier, un environnement, etc… Des choses que je ne tiens forcément à révéler et qui n’intéresseront pas grand monde, de toute façon. Est-ce que je sous-entend que le reste est intéressant ? Mouais…un minimum quand même sinon, je n’aurais pas continué cet exercice. Mais il me faudrait, comme dans une gestion documentaire, mettre des dates de péremption pour chaque article.

En effet, j’ai conscience qu’un tutoriel n’a qu’un temps, la durée de vie du produit qu’il utilise. Quand j’ai fait un article pour passer de spip à wordpress en passant par dotclear, c’était valable pour des versions bien précises. Je peux le jeter à la poubelle aujourd’hui. Idem pour les tutos sur mon petit Xperia Mini que j’ai enterré il y a bien longtemps. Je ne pense pas que l’on puisse faire tourner autre chose qu’un Android 2.2 au maximum dessus, quand on arrive à la version 10 aujourd’hui. Je pourrais donc les supprimer d’ici (quand ce n’est pas fait) mais je garde uniquement pour me souvenir de toute cette évolution, comme un témoignage de l’évolution numérique. J’en rigolerai surement dans 10 ans…Et tous les articles tutoriels qui attirent aujourd’hui du monde ici ne seront que des souvenirs aussi.

Pour mes articles politiques ou géopolitiques, ils réagissent à des situations à un instant donné. Certaines sont dans la grande histoire, la plupart resteront des détails sans intérêt ou passagers. Pris indépendamment, ces détails n’ont pas forcément de sens mais s’incrivent dans un tout. Il est difficile aujourd’hui de faire le tri. Là aussi je garde dans un intérêt purement égoïste sur ma propre évolution politique. Idem pour les réflexions, comme celle-ci car comme dit le proverbe, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Par contre je vire mes tweets/toots tous les trois mois systématiquement, n’en déplaisent à certains. C’est un mode d’expression éphémère et instinctif plus que réfléchi. Les avis, ça change comme les situations, avec parfois la maturité…hum pas si évident quand on voit le vote des plus âgés aujourd’hui, marqué par l’égoïsme de toute une société. J’ai pu le remarquer encore récemment en observant le comportement de … ma propre mère. Mais pour trouver un exemple, il y a 10 ans, je ne voyais pas d’un mauvais œil la fermeture de quelques librairies dans un monde qui ne savait pas évoluer et je faisais la comparaison avec les disquaires qui se sont réinventés. Aujourd’hui je mettrais plus de nuances, même si je trouve que mon libraire où je fais livrer par laLibrairie.com est assez bordélique, pas hyper accueillant et toujours occupé pour que je n’ai pas envie de demander un conseil. J’ai trouvé mieux dans une chaine spécialisée que j’ai fréquenté pour un livre acheté récemment. Mon article de l’époque a disparu dans les tréfonds du blog… Pas envie d’en faire un autre et j’assume.

Extrait de l’oeuvre Poubelle des Halles par Arman (Centre Pompidou / Philippe Migeat)

Et puisqu’on parle de libraires, il y a ces écrits plus créatifs ou récréatifs, dont certains sont sur des plateformes comme Atramenta (étaient… j’en suis parti devant l’archaïsme du site et de la mise en ligne) dont je n’ai aucune idée de la pérennité dans les 20 ou 30 ans. J’ai des pdf, des epub, des jpeg de tout ça, localement, en ligne, dans du cloud perso. J’ai même des copies de sites qui ont disparus ou vont disparaître (JoyeuxVégé, Histozic). Là, je me pose un peu plus de questions et on pourrait penser que je suis assez prétentieux de croire que cela présente un réel intérêt artistique. La première question que je me pose est : « Est-ce que cela doit me survivre » ?

Comme je l’ai dit pour tutos ou avis, cela n’a pas d’intérêt à me survivre et je les garde pour ma propre nostalgie, quitte à la mettre en « privé » un peu plus tard. Pour mes réflexions, ça peut varier car certaines sont d’ordre suffisamment général. Enfin c’est quand même bien ancré dans mon époque actuelle. Mais pour le reste de ces créations, est-ce mieux ou pire que certains écrits que l’on ressort aujourd’hui de la naphtaline ? C’est une des petites traces d’humanité que l’on laissera sur cette terre, comme pour certains des sépultures. D’ailleurs, je n’aurais aucune sépulture, préférant retourner à la poussière. D’autres partent au fond d’une mer, meurent dans un désert, sans même que leur famille le sache. Ma propre famille ne sait même pas ce que j’écris (si, ma femme…) aussi mais c’est moins grave. J’ai collecté bien trop tard des informations sur la vie de mon propre père, de mon grand père, ma grand mère, tous ces éléments qui témoignent d’époques difficiles. J’en ai fait parfois quelque chose, ou je pense en faire un témoignage un jour. Mes oncles sont encore là, je verrai. J’ai le sentiment aujourd’hui d’avoir vécu une époque charnière, sans conflits mais qui construit de futures guerres…

Est-ce que, comme tant d’autres blogueurs et écrivains amateurs, ces écrits n’apportent pas un sens dans leur collectif ? Je pense que oui, même les choses les plus ratées. On parlait autrefois de blogosphère, maintenant remplacée par Youtube ou les Podcasts. J’imagine toujours des cycles, des modes qui reviendront avec les apports de la technologie. C’est dans ce sens que je vois un intérêt à ce que cela ne disparaisse pas. D’autant que les moteurs de recherche ne sont friands que de nouveauté et oublient chaque jour les ancêtres. Cela est valable en culture et ça me désole de voir des remakes tiédasses, des covers, des reprises quand il y a tant d’émotion même sans parole. Je parie donc sur un retour à l’écrit, un jour, dans un petit microcosme, comme il y a eu le retour des vinyles et d’autres vieilleries (pixelart, retrogaming…).

Alors comment faire pour que cela survive un petit peu ? Oubliez tout de suite l’auto-hébergement puisque par définition ce n’est valable que du vivant d’une personne. L’autoédition ? Pas mieux car tout site le faisant en epub ou pdf peut disparaître demain. En papier ? Mouais…enfin ça disparaît aussi. Pascal Boniface mettait sur Tweeter une photo d’une Encyclopédie Universalis déposée sur son trottoir. C’était le graal du savoir dans les années 80, un truc dont j’ai rêvé et que j’ai touché du doigt chez un camarade de classe plusieurs fois. Je n’ose imaginer ce qu’il en a fait aussi. Je n’ose déjà imaginer ce que je vais faire d’une vieille collection de timbres. Il y a des gens qui se sont manifester pour la récupérer, cette encyclopédie. Et pourtant, là aussi beaucoup d’articles n’ont plus de sens aujourd’hui, comme dans le magnifique dictionnaire que mon grand-père avait offert à ma mère quand elle était jeune et que j’aimais feuilleter plus petit. Le papier, ça se brûle sans conscience comme dans Fahrenheit 451. C’est vrai, ça finit par prendre tant de place quand une bibliothèque est dans ma poche.

photo @pascalboniface

Même tout balancer sur Archive.org …quel avenir ? La Time machine n’a pas plus d’avenir que le reste et le site est devenu un peu un gros foutoir. Je n’ai donc pas de solution… comme si d’ailleurs un quelconque archivage était vraiment infaillible aujourd’hui. On peut graver ça, mettre ça sur un disque, l’enterrer dans une boite hermétique, mettre ça comme les graines conservées dans un ancien glacier…Notre histoire aujourd’hui disparaît quand même, comme ces bibliothèques détruites par des extrémistes, ou par des catastrophes naturelles. Notre trace sur terre, même n’est qu’une infime partie de l’histoire de la planète, alors pensez à ces 60, 70, ou 80 ans !

Plus j’ai réfléchi à cette question, plus je m’en pose une autre aussi : Pourquoi suis-je sur terre, la question fondamentale. Et j’arrête vite de me la poser. Avec la certitude que l’Humain s’autodétruira d’ici un ou deux siècle, je ne suis pas sûr d’avoir un grand intérêt. Je me persuade juste de faire le moins de mal possible maintenant dans cette sorte de marche inéluctable d’une machine devenue folle. Ces petits instants que je glane parfois sont là pour me rappeler ma propre futilité. Alors comme le petit poucet, je laisse quelques cailloux pour qu’on retrouve cela. J’essais aussi de ne pas oublier le sens que j’essaie de donner à mon existence, aussi insignifiante soit-elle. Mais je suis surtout convaincu d’une chose, c’est que quoique je fasse, je ne maîtriserai rien de ce qu’il y aura après moi. J’ai encore la sauvegarde d’un site d’un ami disparu…qui sait ce que l’on fera de tout ce que nous écrivons aujourd’hui.

Alors ma petite trace a moi ? Suis-je important? Plus que certains qui s’y croient, moins que beaucoup qui s’ignorent, mais pas plus que cette feuille qui tombe de l’arbre au moment où j’écris ces lignes.

13 réflexions sur « Réflexion : Après le blog, le néant »

  1. Très bon choix musical, peu mis en avant…
    Nous ne sommes que ce comment les autres nous définissent mais nous n’accordons d’importance qu’à ce comment nous nous définissons nous-même.
    Certain.e.s pensent que le bonheur est de lier les deux, voire que les deux soient identiques.
    Je pense plutôt que c’est quand on fait abstraction de la considération d’autrui que l’on peut se sentir heureux.

    Y’a du boulot 😀 même si tu penses (je ne sais comment) que je m’ignore 😉

    1. Pour le choix musical, jeu de mot avec le nom du groupe, le titre, le contexte, pas envie d’en rajouter plus.
      Ewen et toi avez interprété ce billet d’une manière que je n’attendais pas mais qui doit vouloir dire quelque chose. Il y a en effet un chemin déjà parcouru en ce sens chez moi, par forcément chez des proches. Et encore à faire dans ce sens.
      Je le retrouve en relisant et mettant de vieux textes ici.
      Et d’une certaine manière oui, tu « t’ignores » mais je ne saurais dire pourquoi 😀

  2. Crise identitaire, l’ami ?

    Le plus beau cheminement reste, pour ma part, l’apprentissage de soi 🙂 J’apprends chaque jour à me connaître et m’apprécier un peu plus. Je t’encourage dans ce sens 🙂

    Quant à la connaissance, elle reste là, enfouie en chacun de nous. Crois-moi, il n’y a pas que la matière physique dans l’univers.

  3. Bon ok, j’ai lu que la fin du billet !
    Je pense que la trace que l’on peut espérer laisser aux autres est celle que l’on laisse de nous aux autres. Ton blog a pu y contribuer par exemple. Mais ce n’est pas lui ta trace, c’est ce que les gens en ont retenu, et ce qui a pu peut être les changer d’une façon ou d’une autre. Le blog peut disparaître, il n’est pas le plus important.
    Tes actes IRL comme tes billets laisseront une trace, il ne te viendrait pas à l’idée de les recenser et de les archiver ?..

  4. Intéressant. Je dois dire que, personnellement, j’écris avant tout pour moi-même. Je mentirais si je disais que je n’écris que pour moi-même. L’idée même du blog est de partager publiquement et, si c’était le cas, je ne ferais pas la retape sur les rézosocios.

    Pour ce qui est de la pérennité de mes écrits, je laisse le soin à mes lecteurs – et à d’éventuels futurs archivistes – de faire le tri. En tant qu’historien de formation, je sais qu’on ne peut jamais dire à priori ce qui est intéressant ou non. Qui sait, peut-être qu’un futur historien des technologies de l’information aura peut-être envie, dans trente ou cinquante ans, de faire une étude sur cet étrange objet logiciel que fut spip?

    Pour finir, notre propre finitude, en tant qu’individu, que lignée, que de civilisation voire de forme de vie, ne devrait jamais être un frein à notre créativité. Plutôt un moteur, en fait.

  5. J’aime bien ce thème de réflexion qui doit être, au bas mot, abordé depuis au moins les premiers ersatz de civilisation. Et j’imagine que les réponses dépendent de la façon dont celui qui pose la question (pris dans son propre carcan référentiel, voir civilisationnel) imagine l’avenir. En lisant ton texte (avec ses traits pessimistes), cela m’a renvoyé l’image du voyageur de Herbert G. Wells dans *La Machine à explorer le temps* qui découvre dans le lointain futur les vestiges d’un musée totalement ignoré par les Éloïs, qui les laisse même particulièrement indifférents. Il n’y reste qu’une simple esquisse de ce que le voyageur a connu dans son propre temps. Et, au final, à cause des évènements qu’il côtoie dans ce futur, il n’y fera pas plus cas que cela, étant pris par les nécessités du temps où il se trouve.

    Un autre axe de réflexion serait qu’il faut admettre que nous sommes dans une société individualiste. Les questions qui en découle sont de l’ordre du « Qu’est-ce que, moi, je vais laisser ? Est-ce bien utile ? », etc. Des individus dans d’autres sociétés se posaient, et se posent la question différemment, plus collectivement : « Qu’allons-nous laisser ? ». On peut agrandir le champ. Nous sommes pris (empêtrés ?) dans une vision mondialisante ; il en découle que l’on s’interroge sur ce que l’on laisse à l’échelle de l’humanité. En somme, pour prendre une mesure qu’affectionne mon propre père sur ce genre de chose, autant demander à une fourmi ce qu’elle compte laisser, individuellement, comme héritage au règne des formicidés. À nouveau, des individus dans d’autres sociétés se posaient, et se posent la question différemment, plus localement : « Que va-t-il rester pour les générations futures de la cité ? ».

    J’aime bien une partie de la réponse de Stéphane Gallay. Qu’importe ce qui reste, « on ne peut jamais dire *a priori* ce qui est intéressant ou non » pour les générations futures.

    1. En fait ma réflexion est partie de ce besoin d’avoir des sauvegardes de plein de choses de notre vivant et pour nos proches. Et bien vite j’ai été confronté à la vanité et la relativité de tout cela. Je n’ai pas voulu donner une conclusion à cette réflexion pour laisser à chacun des portes à franchir.

  6. Et si le savoir humain perdurait d’une génération à l’autre, même sans trace matérielle ?

    Les animaux par exemple atteignent vite la maturité, sous l’oeil vigilant d’un de leurs parents. Ils ont en eux toutes les connaissances nécessaires à leur vie et survie.

    Partant de ce principe, rien n’est jamais perdu. Bien entendu, à l’échelle individuelle, il y a perte. Mais à l’échelle globale, il y a conservation des savoirs. La transmission est là.

    Ce n’est que mon avis, libre à chacun d’y adhérer ou non 🙂

  7. J’ai grandi avec la sacrosainte encyclopédie universalis qui trônait en bonne place dans la bibliothèque du salon. Elle a contribué à divers devoirs de classe, mais moins qu’on pourrait le croire car particulièrement indigeste. J’ai vu cette photo circuler, ça ne m’a fait ni chaud ni froid. Pour le commun des mortels les infos contenues dans cette encyclo n’ont absolument plus aucune valeur. Aux bibliothèques de patrimoine ou à la BNF de conserver ce type d’ouvrages devenus obsolètes mais qui sont en effet capitaux pour que l’on se rappelle de comment on voyait le monde en ce temps-là.
    Du coup tes billets de tutos devenus dépassés, pour finir, ils ne font de mal à personne et servent à ça, à montrer comment le monde était à un moment donné. Cela dit je comprendrais que tu aies envie de les supprimer, alléger son blog ça fait du bien des fois.

    1. Là j’ai vu des fous qui recréent le 3611 sur le web….ça ne sert finalement que de témoignage. Et le minitel à l’échelle de l’histoire humaine c’est presque rien

  8. Sauf que les animaux non humains ont aussi de l’inné, de l’instinct bien plus que l’apprentissage. De là à dire que l’humain est idiot de naissance 😁…

    1. Hé hé hé, d’où la fameuse expression « idiot congénital » 😀

      Je crois que l’humain, en se civilisant, a justement perdu cet instinct. Il est désormais en dehors du cycle naturel (par naturel j’entends « Nature »).

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.