Roman-Feuilleton : Ba – Episode 10

Après les épreuves de sélection, Marie a découvert sa « cellule » qui semble être dans les sous-sols d’un ancien hôpital. Alors qu’elle pense déjà à sortir, elle se retrouve droguée et s’endort… (relire les 9 premiers épisodes en pdf)

A son réveil, tout a changé dans sa chambre. S’il reste bien son lit, le décor au dehors a changé. Finie la végétation luxuriante et virtuelle, c’est maintenant une étendue de sable blanc quasi uniforme et un ciel d’un bleu pâle et immaculé. Plus étonnant encore, les quelques meubles dont elle disposait ont disparu, ne laissant qu’une trace dans les murs à leur emplacement. Donc plus de possibilité de choisir le moindre élément comme elle avait pu le faire. A leur place, il y a une sorte de tapis de course posé au sol vers le mur principal. Il est surmonté d’une sorte d’immense projecteur qui semble plutôt muni de multiples caméras. Marie se relève du lit, qui est quand même resté et voit s’afficher sur le grand écran une flèche qui lui indique l’emplacement du tapis.

Encore un peu embrumée par le sommeil, elle marche vers le tapis et pose ses pieds dessus avec précaution. Est-ce le matin ou le soir, elle est bien incapable de le dire puisque toute vision de l’extérieur lui est interdite. Elle a le sentiment d’être le matin parce que son corps a encore ses habitudes de sommeil, pour l’instant mais à force de rester ici, elle risque de les perdre. Alors, servilement, elle se laisse dicter ses activités. Il y a deux barres de chaque coté du tapis et le fin revêtement de caoutchouc semble s’enfoncer dans le sol même de la pièce. Pourtant, avant sa « sieste », Marie n’avait rien remarqué à cet endroit. A peine a-t-elle posé les deux pieds que la surface du tapis bouge vers l’arrière l’obligeant à faire quelques pas. D’abord elle marche et ne remarque rien autour d’elle. Au dessus de sa tête, la sorte de cloche munie de caméra a bougé imperceptiblement. Le tapis continue d’accélérer la cadence. Et là, Marie perçoit enfin le changement : Le décor bouge, évolue. Elle se retourne et voit le décor derrière elle avec des traces de pas dans le sol. Elles n’ont pas l’air d’être à elle, vue la taille et la découpe, mais ce sont bien autant de pas que ceux qu’elle vient de faire sur ce tapis.

Le rythme s’accélère, passant d’une marche rapide à la course, une course dont elle ne choisit pas elle-même le rythme. La température de la pièce semble monter aussi et maintenant, Marie entend des bruits. Il y a comme une respiration, par dessus la sienne. Il y a aussi comme un bruissement, comme des pas dans le sable, ce sable qui s’étend à perte de vue dans le décor tout autour d’elle. Mais Marie n’a aucun choix de direction, sinon la ligne droite. Forcément… Elle ne peut pas tourner avec ce tapis posé au sol ou plutôt dans le sol. Pourtant, elle essaie de faire tourner la vue en changeant sa tête de direction, en dirigeant son regard de manière concentrée sur un point. Rien n’y fait mais c’est surtout le manque de point de repère dans cet horizon sans fin qui empêche Marie de savoir la direction où elle peut ou doit se diriger. Alors elle court et court encore et encore, s’essouffle peu à peu avant de trouver son rythme de croisière, ce compromis entre l’efficacité et la fatigue, dans la gestion de ses gestes. Elle préfère justement garder des réserves car elle ne sait pas à quelle sauce elle va être mangée. Fatiguée, elle ne pourrait tenter de se défendre ou de s’évader. Mais le rythme imposé est déjà soutenu.

Après de longues minutes, elle voit un objet au loin, comme une silhouette. Il lui semble que le rythme s’accélère encore, comme si on lui imposait d’atteindre cette silhouette en point de mire. Bouge-t-elle d’ailleurs? Elle n’en sait rien mais elle court encore et encore avec toujours cette respiration qui devient rauque, avec quelques grognements sourd comme la douleur que Marie ressent maintenant dans ses cuisses et ses genoux. La silhouette se précise, s’affine et malgré les secousses de sa course, Marie distingue maintenant une sorte de cyborg muni d’une armure anthropomorphique. C’est un cyborg de guerre, comme ceux que l’on utilise pour aller dans les combats qui font rage en Afrique centrale, pour protéger les précieux gisements où des robots ont pris la place de beaucoup des ouvriers qui n’avaient que cela pour subsister. Pas étonnant qu’ils veuillent récupérer leur bien… On lui a raconté qu’avant on prenait des enfants pour combattre mais que maintenant les factions rivales employaient aussi des cyborgs, faute de combattants suffisamment aguerris. Mais cette fois, c’est elle qui poursuit ce cyborg dont l’armement devrait plutôt la faire fuir. Elle n’est plus qu’à quelques centaines de mètres de sa cible et un viseur prend place à l’écran. Que doit-elle faire ? Son regard ajuste la mire mais elle ne sait que faire, que dire. Est-ce une simulation, un peu comme les jeux vidéos à la mode il y a quelques décennies encore ?

Pour seule réponse, elle entend une déflagration, voit un projectile partir en direction du cyborg et à peine quelques seconde après, la silhouette robotique s’affaisser au sol. C’est fini, l’écran s’éteint, le tapis s’arrête, le décor de verdure revient comme avant son sommeil. Elle descend du tapis, il disparaît sans qu’elle ait le temps de réagir. La lumière de la salle s’éteint brièvement dans un bruit de cloisons, de dépressurisation et lorsqu’elle revient, la salle est comme avant son sommeil, à quelques détails près. Le terminal est bien là mais les options semblent différentes. Marie est épuisée par sa course et préfère récupérer en s’allongeant.

Après l’entrainement guerrier qu’on lui a infligé, Marie finit par se rendormir. Les repas lui parviennent par le sol, à l’endroit même où un tapis était apparu. Elle sent étrangement le sommeil la gagner à heure fixe, comme si on l’avait programmé. Mais c’est en observant plus attentivement le plafond de sa luxueuse chambre qu’elle a compris d’où cela pouvait provenir. De minuscule buses sortent quelques minutes avant l’heure où elle s’endort. Si minuscules qu’elle ne pouvait pas les remarquer, jusqu’à ce qu’elle examine la pièce en détail, aussi discrètement que possible en faisant semblant de dormir. Un imperceptible sifflement emplit alors la pièce, signe que l’on injecte un gaz. Marie se retrouve donc endormie à heure fixe par le gaz qu’elle inhale. Mais étant filmée, elle ne peux pas boucher ces buses sans être repérée. Pourtant, il subsiste un lieu qui échappe à ce gaz : La salle de bain qui a été rajoutée dans cet appartement depuis ses exercices ! Marie décide donc de s’y réfugier ce soir en espérant qu’elle ne disparaisse pas.. .ou bien est-ce le matin ? Elle ne sait plus vraiment car on peut très bien avoir perturbé le cycle du temps avec ce que l’on projette sur le mur, son rythme exercice-sommeil. Qu’importe, elle est bien décidée à ne pas se laisser manipuler.

10 minutes avant ce qui doit être à peu près 22h selon ce qu’elle ressent, elle se rend donc dans la salle de bain et calfeutre la sorte de porte en verre opaque blanc en faisant mine de la protéger de l’eau de la douche. Elle se déshabille et entre dans la douche en faisant couler l’eau. A cette heure, elle se dit que ce système doit être programmé et que les individus qui la surveillent seront moins attentifs. Elle prend donc le pari de voir ce qui va se passer pendant son sommeil… Est-ce automatique ou bien attendent-ils que sa présence soit effective dans la pièce principale, vers le lit, pour tout déclencher? Elle va bientôt le savoir si ses calculs sont bons.

Une demi heure passe et effectivement, la lumière finit par s’éteindre dans la chambre et la salle de bain. Marie ferme le robinet électronique de la douche par un appui long sur le bouton et sort en se rhabillant avec une des tenues qui lui ont été laissées : Une combinaison intégrale noire et grise garnie de renfort de protection vers les articulations : Rien de féminin mais un attirail plus familier des militaires. Là aussi cela change de ce qu’on lui avait laissé au départ. Son regard s’habitue peu à peu à l’obscurité et Marie écoute attentivement tous les bruits dans la pièce. Plus de sifflement, un petit couinement indiquant que les buses ont été rentrées. Elle peut enfin sortir et explorer les lieux, le visage protégé par un gant humide. Cela suffit à la protéger pour qu’elle ne ressente pas le sommeil habituel, malgré un air chargé de ce poison mystérieux.

La porte semble bien verrouillée et aucun clavier à code n’est apparent, ni même un lecteur à badge. Comment pourrait-elle l’ouvrir, alors? Le seul moyen de le savoir va être de refaire venir quelqu’un dans cette pièce et de l’observer. Avec les capteurs dont disposent ces gens, ils doivent tout savoir de son état physique, se dit-elle. Le seul moyen de faire venir quelqu’un est …. d’être malade, que son métabolisme change de température ou ….Qu’elle vomisse ! Voilà, elle se forcera à vomir le repas du matin pour voir au bout de combien de temps une personne arrivera dans la pièce. Elle verra aussi s’il n’y a qu’une personne, plusieurs.

En attendant, elle n’a rien d’autre à faire que dormir et attendre. Car là aussi, elle se réveille quasiment à heure fixe, faisant preuve d’une discipline quasi militaire qu’elle ne se connaissait pas. Pas de rêve, non plus, durant ses nuits, ou aucun dont elle se souvienne. La seule chose qu’elle constate, c’est que son sommeil n’a jamais été aussi bien réglé dans sa vie que depuis qu’elle est enfermée, un sommeil… parfait, si parfait et paisible qu’il en devient inquiétant. Car justement, l’inquiétude ne devrait pas l’apaiser autant.

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